Au cœur des marchés

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Au cœur des marchés

Impossible ces dernières semaines de se détourner du sujet de l’inflation tant il occupe et préoccupe les investisseurs de toutes les classes d’actifs. Il est donc urgent de dessiner la direction de l’inflation, répondre aux hésitations et calmer l’appréhension. En effet, l’inflation, malgré sa propriété artificielle de réduction de la dette, est source de destruction de valeur et de pouvoir d’achat. Parler d’un agrégat d’inflation globalisé n’est pas approprié. La hausse des prix doit en effet se distinguer entre les actifs financiers ou immobiliers, les biens ou les services de consommation et les diverses régions. La décomposition des pressions sur les prix à la consommation permet ainsi d’identifier leur origine et le caractère durable de nature ou non à désancrer les anticipations d’inflation des marchés financiers.

 

Le rôle des matières premières est au premier plan des craintes. Depuis les plus bas des prix du pétrole ou des métaux industriels, le rebond est pour ainsi dire spectaculaire, en particulier pour certains métaux fortement sollicités. Des facteurs durables ou plus cycliques sont synchronisés pour alimenter la demande de cuivre, de cobalt et d’étain. On craint un goulot d’étranglement de la production, source durable de hausses des prix, qui peut toutefois être évité tant par l’utilisation plus intense des capacités que par l’innovation.

Vient ensuite le rôle de l’épargne des ménages qui fait l’objet d’un débat intense aux Etats-Unis et crée une certaine confusion au sein des investisseurs mondiaux, notamment sur la capacité inflationniste des excès de revenus générés par les plans de relance. Or, dans le décryptage des pressions inflationnistes, il faut s’intéresser aux habitudes des consommateurs dont l’examen montre de larges disparités entre les ménages américains (qui consacrent près de 50% de leur budget à l’habitat, le transport et les soins médicaux) et leurs homologues européens (qui allouent près de 30% de leurs dépenses à l’alimentation à domicile et/ou partagée dans les restaurants et hôtels). A n’en pas douter, l’épargne, si elle est dépensée, n’alimentera pas la même inflation des deux côtés de l’Atlantique.

 

A la lumière de ces éléments, l’inflation doit continuer d’être traitée de manière désagrégée. Le niveau général des prix restera sous contrôle, malgré quelques poches de tensions, même aux Etats-Unis. Mais l’inflation des prix à la consommation, se comparant pendant quelques mois au niveau déprimé de l’an dernier, sera statistiquement gonflée.

 

Si les données fondamentales ne sont pas particulièrement inquiétantes, pourquoi les anticipations d’inflation sur les marchés obligataires semblent-elles bien plus « nerveuses » ? A la recherche permanente de signaux avant-coureurs, les investisseurs s’alimentent de la hausse récente des prix du pétrole et de la dynamique rebondissante du secteur manufacturier. Une analyse plus fine des attentes d’inflation issue de l’enquête du Michigan souligne également que le facteur démographique, très présent pour expliquer les évolutions des taux d’intérêt, s’immisce également dans la crainte de l’inflation, en particulier de ceux qui gardent en mémoire le spectre de l’inflation galopante des années 80. Et Jean-Paul Sartre de nous rappeler que “Le futur n'est que l'aspect aberrant que prend le passé aux yeux de l'homme.”