Les banques : forces motrices, gardiennes et guides de l’économie suisse

Article de Blaise Goetschin publié le 18 février 2020 dans Le Temps.

Les banques : forces motrices, gardiennes et guides de l’économie suisse

Le secteur bancaire suisse est l’un des plus sophistiqué et résilient au monde. Lors de la crise d’ampleur systémique de 2008, le premier stress test de l’histoire financière de ce siècle, les banques suisses ont très bien résisté. Une seule intervention d’appui public s’est conclue sans dommage pour le contribuable.

La vitalité du secteur bancaire contribue substantiellement à l’emploi et à la croissance, comme aux impôts directs et à la défense économique du pays. Cette constellation de près de 250 établissements aux vocations et aux rayonnements très divers, draine vers la Suisse des dépôts et des flux d’affaires considérables rapportés à la taille d’une petite nation. Ce succès planétaire, en dépit de quelques anicroches, a aussi généré une offre de crédit exceptionnellement abondante et jamais interrompue pour les agents économiques suisses. C’est même l’un des facteurs explicatifs, peu reconnu, de la compétitivité industrielle helvétique. Les banques offrent aussi à l’économie domestique des conditions de dépôt sécurisée avec les meilleurs ratings. La fiabilité opérationnelle de la gestion des trésoreries et des paiements est aussi un avantage compétitif important pour les entreprises de toutes tailles.

Comment ce bilan positif du rapport entre banques et économie intérieure peut-il être préservé ? Quelles peuvent être les contributions des banques à l’économie suisse de demain ? Nous en retiendrons trois :

  1. préserver l’écosystème de financement des PME ;
  2. contribuer à la sécurité du patrimoine financier des particuliers face à la criminalité ;
  3. guider avec objectivité et inventivité les personnes privées dans la prévoyance et l’épargne.


Forces motrices

Les PME représentent 99% des entreprises et 68% de l’emploi total en Suisse. 30% des PME ont besoin de crédit, un financement total de CHF 292 milliards. Seules 6% n’ont pas reçu de crédit bancaire. Le financement est donc efficient et son prix est abordable en comparaison internationale. Nous ne devons pas oublier que cet écosystème a été construit patiemment par l’initiative privée, bien sûr, mais aussi par des politiques publiques. On citera les 24 banques cantonales, les deux centrales de lettre de gage et le cautionnement fédéral. L’histoire économique nous enseigne que c’est bien un système de financement qui doit être institué, une mécanique assez complexe, et un certain nombre de préalables qui doivent être réunis. Parmi les conditions sine qua non : la présence d’une concurrence vive entre banques. Il faudra protéger et faire évoluer cet écosystème. Les régulateurs devront veiller à ne pas le perturber par trop de bureaucratie. De leur côté, dans leur rôle social de forces motrices, les banques devront faciliter plus encore la vie des entrepreneurs, artisans et professions libérales. Notamment en élargissant leurs gammes de services et en accélérant les traitements par la digitalisation.


Gardiennes

Les particuliers sont l’objet de visées criminelles de plus en plus fréquentes et perfectionnées (plus de 2'500 cas de phishing sont remontés à Melani pour le seul premier semestre de 2019). Des agressions physiques et informatiques qui profitent de certaines vulnérabilités, comme l’âge ou la mauvaise connaissance des règles de protection. Des spoliations nombreuses ont lieu dans le cercle familial ou proche. Dans leur rôle social de gardiennes, les banques contribuent de plus en plus à appuyer leurs clients dans la prévention, la défense active et le « post agression ». Elles offrent des check up de sûreté et protègent directement les valeurs confiées, qui souvent sont le fruit d’une vie de travail. Ce partenariat de sécurité présente un grand potentiel, malheureusement proportionnel à une criminalité innovante et sans vergogne.


Guides

Le grand public est de plus en plus désemparé face à la complexité de la finance et à la multitude de choix qu’elle propose. Des phénomènes économiques peu orthodoxes, comme les taux négatifs, perturbent la compréhension basée sur le bon sens des clients sans formation académique financière. La multiplication des produits et leurs documentations réglementaires de plus en plus épaisses nécessitent des guides objectifs et compétents. Il y a aujourd’hui plus de produits d’investissement que d’actions cotées en bourse… Dans leur rôle social de guides, les banques peuvent prendre le temps de l’écoute, suggérer des plans d’épargne et de prévoyance et tracer un cheminement financier de vie individualisé et optimisé.

Forces motrices financières, gardiennes des patrimoines et guides éclairantes. Trois axes de développement permettant aux banques de répondre à la double exigence de fournir des utilités sociales et de constituer des gisements de profitabilité.

Blaise Goetschin