Petites capitalisations: l'innovation comme relais de croissance

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L’écosystème scandinave favorise l’émergence d’acteurs de niche globaux.

 

Selon la théorie économique, les investisseurs qui misent sur les petites capitalisations bénéficient historiquement d’une rémunération plus attractive, en ligne avec la prise de risque supplémentaire. Ils acceptent en effet de l’assumer en achetant des sociétés moins liquides et aux rendements plus volatils. Or, au travers d’une analyse détaillée, d’autres facteurs comme l’innovation et la part d’exportation jouent aussi un rôle prépondérant dans la création de valeur.

 

Depuis les années 1980, l’attrait pour les petites sociétés a généralement trouvé sa justification dans le concept du facteur taille, ou « small cap effect ». Cette notion se réfère à l’observation empirique selon laquelle les sociétés de petites capitalisations réalisent une surperformance à long terme par rapport à leurs grandes sœurs. Ce paradigme déjà largement débattu, il nous semble dès lors plus pertinent d’élargir notre horizon et de s’éloigner de la théorie statistique pour se concentrer sur des relais de croissance comme l’innovation et l’exposition au commerce international qui font émerger des pays leaders au sein du marché européen, à l’image des pays scandinaves.

 

Dans l’indice de référence MSCI Europe Small Cap qui inclut les petites capitalisations européennes, les pays nordiques, Suède en tête, suivie du Danemark, de la Finlande et de la Norvège, représentent une part de 25% à eux seuls, soit près du double de leur pondération dans l’indice des grandes et moyennes sociétés. La Suède, par exemple, occupe 14% de l’indice Small Cap contre moins de 6% de l’indice des grandes capitalisations.

 

Pour quelles raisons les pays nordiques sont-ils surreprésentés dans l’indice des petites capitalisations ? Trois facteurs émergent de l’analyse. Premièrement, ces pays sont considérés comme les plus innovants au sein de l’OCDE selon le classement European Innovation Scoreboard. La coexistence d’un système de protection sociale fort et d’investissements dans l’éducation et les technologies y contribue. Deuxièmement, le modèle nordique favorise l’accès au capital-risque et leurs investissements en la matière dépassent la moyenne européenne. Enfin, leur degré d’ouverture commerciale, mesurée par les exportations, est fortement corrélé à leur force d’innovation. A l’image de la Suisse, ces petites économies ouvertes, qui réalisent une grande partie de leur PIB avec l’étranger, ont su tirer avantage de la globalisation en misant sur la spécialisation et l’innovation. Le rendement de leurs marchés d’actions le reflète. Au cours des 120 dernières années, cette combinaison d’éléments s’avère clairement gagnante, à en croire leur performance qui se détache de celle de leurs voisins européens. La Suède, le Danemark et la Finlande occupent les premières places avec un rendement moyen de 5.5 à 6%, au-dessus de la moyenne européenne de 4.3%. Seuls les Etats-Unis s’en sortent mieux.

 

Les exemples de sociétés scandinaves dotées d’une innovation qui s’exporte abondent, à l’image de Chemometec, fortement spécialisée. Ce fabricant danois d’équipements d’analyse cellulaire compte parmi les trois plus grands acteurs de son secteur, écoule 97% de sa production à l’étranger et a réalisé une croissance moyenne des ventes de 30% au cours des six dernières années. La présence de fortes barrières à l’entrée, couplée à des marchés sous-jacents porteurs, devraient continuer à porter la croissance du spécialiste des sciences de la vie. Alors que la validité du facteur taille comme seul vecteur de performance à long terme n’est peut-être plus aussi valide que par le passé, une approche d’investissement qui exploite l’innovation comme relais de croissance par le biais de petites sociétés européennes s’avère dès lors pertinent pour dynamiser un portefeuille diversifié de qualité.

           

Raphaël Membrez est gérant de fonds, responsable d’un fonds de conviction sur les actions européennes chez BCGE Asset Management. Auparavant, M. Membrez a été analyste et co-gérant d’un fonds en actions suisses chez Landolt & Cie (actuellement ODDO BHF Suisse). Il est titulaire d’un Master en Finance de Warwick Business School et d’un Bachelor de l’université de Fribourg (Magna cum laude) et détenteur du CFA.