Quelles approches des marchés du private equity ?

This content is only available in French

Quelles approches pour construire une exposition aux marchés du private equity ?

Les investisseurs institutionnels américains, en particulier les fondations des grandes universités et certains grands fonds de pension publics, ont depuis longtemps alloué une portion significative de leur portefeuille d’investissement aux marchés du PE. En Suisse et en Europe, de plus en plus d’investisseurs institutionnels s’intéressent au PE et s’interrogent sur les approches possibles pour construire une exposition à cette classe d’actifs. La raison principale est que cette poche satellite peut rehausser durablement la performance du portefeuille.

 

La taille relative et performance comparée des marchés privés et publics

La valeur des marchés publics, est estimée à USD 124’400 mia avec une croissance annualisée de 6.4% depuis 2000. Les marchés du PE représentent, quant à eux, une valorisation de USD 6’300 mia en 2021 selon McKinsey(1), en augmentation de 14.5% par an depuis 2010. Ils équivalent donc à environ 5% des marchés publics mais se développent trois fois plus vite que ces derniers. En termes de performance, et ce depuis le début des années 2000, les marchés privés délivrent régulièrement une performance supérieure aux marchés publics, avec un TRI de 11.0% versus 6.9% pour les marchés actions publics(2). Il est cependant difficile de comparer les performances. Cela revient à mettre sur un même pied d’égalité un coureur de marathon pour les fonds actifs sur les marchés publics avec le sprint d’un gérant de PE(3).

 

Complémentarité d’une exposition aux marchés publics et private equity

Pour un investisseur institutionnel, il est intéressant de considérer qu’il existe un continuum dans la classe d’actifs des actions qui couvre à la fois les marchés publics et le PE. Ensemble, ils permettent une diversification de stratégie ainsi qu’un accès à un univers de marchés plus vaste et plus représentatif de l’économie dans son ensemble. Les entreprises investies par les fonds de PE sont des poches de fortes croissances qui ont disparus des marchés publics et restent « cachées » plus longtemps dans les marchés privés. Aux Etats-Unis, les fonds de pension ont une allocation aux marchés privés en augmentation qui tend vers les 20% de leur portefeuille d’actifs. Cette part peut représenter jusqu’à 30% pour les plus grandes fondations universitaires américaines (endowment)(4). En Suisse, on constate que les grandes institutions de prévoyance ont une exposition qui avoisine aujourd’hui les 5%. Vont-elles suivre la tendance américaine ?

 

Les facteurs de succès pour le développement d’un programme d’investissement en PE

Les statistiques sur la performance des gérants montrent que contrairement aux marchés publics, sur les marchés du PE, il existe une grande dispersion entre les gérants. Nous avons identifié trois facteurs principaux pour le succès d’un programme d’investissement en PE. Les deux premiers vont de pair, et sont d’une part, la qualité du processus de sélection des gérants et des fonds, et d’autre part, la capacité à sécuriser une allocation chez les meilleurs de ces gérants. Ces deux facteurs se renforcent mutuellement dans le temps et créent un cercle vertueux permettant l’accès aux meilleurs gérants des marchés du PE. Le troisième facteur est la composition et la diversification des stratégies d’investissement ainsi que l’exposition géographique. Le développement d’un programme d’investissement en PE est principalement réservé aux investisseurs institutionnels gérant un volume d’actifs financiers considérable et ayant un horizon d’investissement long pour assumer des retours de liquidité sur des durées de 5 à 10 ans. Une exposition aux marchés PE demande une expertise plus profonde car ils sont tissés par une multitude d’accords de gré à gré et donc non réglementés.

 

Les approches possibles

En fonction de l’expertise et des ressources financières de l’investisseur institutionnel, il est possible d’envisager cinq approches :

  1. les entreprises cotées de PE,
  2. les entreprises cotées ayant un programme d’investissement dans des sociétés innovantes et croissantes (CVC – Corporate Venture Capital program),
  3. les investissements directs dans des entreprises privées,
  4. les investissements dans des fonds de PE initiés par des gérants expérimentés,
  5. les investissements dans des fonds de fonds permettant d’accéder à un panel représentatif et performant de gérants pour ceux qui n’ont pas les moyens d’y accéder en direct.

 

Selon le profil de l’investisseur institutionnel, l’une ou l’autre de ces approches sera plus adaptée. Dans le cas où ce dernier n’aurait pas les compétences en interne pour élaborer et effectuer un tel programme d’investissement, il est vivement recommandé de travailler avec un conseiller spécialisé pour déterminer la stratégie ainsi que la démarche de construction du portefeuille.

 

Christophe Borer

Titulaire d’un MBA de l’IMD Lausanne et d’un diplôme d’ingénieur mécanicien de l’EPFL, Christophe est actif dans le private equity depuis 2002. Il a à son actif la gestion de trois fonds d’investissement de PE actifs en Suisse, France et Allemagne. De 2006 à 2013, il est président du comité romand de la Swiss Private Equity & Corporate Finance Association (SECA). Il a rejoint la BCGE en juin 2022 en qualité de responsable du Private Equity Office.
 


(1) McKinsey, Global Private Markets Review 2022, page 20.

(2) Cliffwater: Long-Term Private Equity Performance: 2000 to 2021, https://caia.org/blog/2022/07/20/long-term-private-equity-performance-2000-2021

(3) Xavier Pintado Décembre 2021, Fondations de prévoyance et Private Equity : quid de la performance ? https://www.bcge.ch/fr/fondations-de-prevoyance-et-private-equity-quid-de-la-performance

(4) CAIA: Investing Like the Harvard and Yale Endowment Funds, https://caia.org/sites/default/files/2_investing_11-13-17.pdf