"Stock, stock, stock" on heaven's door

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Après des semaines de hausse continue des marchés d’actions, sommes-nous à la veille d’un été orageux, ou pour paraphraser Bob Dylan dans sa chanson « Knockin’ on Heaven’s Door :  is it getting too dark to see » ? N’avons-nous plus les repères suffisants pour alimenter la confiance dans la poursuite de l’activité des entreprises et leur capacité productive et profitable ? Une fois n’est pas coutume, parlons de la variable des stocks. Utilisés pour définir les inventaires ou les marchés d’actions (stock market), ce terme prend tout son sens pour appréhender l’entreprise et l’investisseur. Souvent négligés des analyses par manque de précision de la mesure, les inventaires/stocks occupent pourtant un rôle déterminant dans la gestion de l’activité des entreprises.

 

L’histoire du Toyotisme montre l’importance de cette variable. De l’après Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui, les entreprises manufacturières ont suivi cette organisation du travail visant à réduire les gaspillages en limitant l’offre excédentaire. La production en flux tendu (« JIT ou Just In Time ») en résultait, compressant au strict minimum les stocks accumulés. Cette approche a permis à la manufacture d’optimiser sa production et d’augmenter sa productivité (méthode Kaisen). Pourtant, en 2020, les limites du modèle ont été testées : le choc de l’offre et l’interruption, pendant de longues semaines, de l’activité de certains secteurs ont ainsi empêché les entreprises d’aborder la reprise avec des inventaires suffisants pour absorber la demande liée à la reprise. Ce choc de l’offre est manifeste dans les matières premières dont le cuivre, le cobalt ou le bois, mais également dans certains équipements spécialisés manquant à la production du secteur de l’automobile, pour ne citer que lui. Répondre à la demande favorise ainsi l’accélération significative de la production et l’utilisation intensive des capacités, seuls moyens de réduire les délais de livraison.

 

Les marchés boursiers sont très friands de cette variable. Mesurée à travers les enquêtes des entrepreneurs (ISM & PMI), l’évaluation des inventaires confrontée à celle des commandes oriente les investisseurs dans leur dynamique de court terme sur les marchés boursiers. Actuellement, à la recherche d’indicateurs précurseurs de la fin de la montée continue des marchés, ce marqueur progresse encore, et ce depuis plus d’un an sans montrer de signe d’essoufflement. Alors, imprécision de la mesure ou phénomène atypique de cette reprise ? Le comportement des stocks est sans nul doute la variable à suivre de près tant pour capter la dynamique d’activité et de profitabilité des entreprises, que celle des investisseurs à l’affût de signaux de retournement. Si le ciel semble s’assombrir sur les marchés boursiers, l’observation de la dynamique des stocks face aux commandes permettra, comme celle de l’accumulation des nuages, d’annoncer l’arrivée de l’orage. « Stock on heaven’s door ».