Transition énergétique : contraintes d’accélération

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Ressources finies + besoins infinis = une équation difficile à résoudre ?

 

Les enjeux climatiques ont amorcé la transition énergétique : réduction des énergies fossiles (avec l’objectif de réduire les émissions de carbone) et davantage d’énergies renouvelables et nucléaire. La pandémie du Covid et les programmes de relance mis en place partout dans le monde ont accéléré cette transition en allouant des enveloppes conséquentes (et pourtant encore loin d’être à la hauteur des besoins) à ces problématiques ; Next Generation EU ou Build Back Better pour ne citer qu’eux. La guerre en Ukraine et ses conséquences énergétiques (prix, risques d’approvisionnement et dépendance vis-à-vis de la Russie) sont désormais les nouveaux catalyseurs. Plus que jamais, les principales économies de la planète cherchent à se défaire de leur dépendance aux hydrocarbures. Au travers de son nouveau programme RePowerEU, l’Union européenne entend diversifier ses sources d’approvisionnement et augmenter rapidement l’usage des énergies renouvelables. En outre, l’Union vient d’approuver la fin des voitures thermiques neuves dès 2035. Selon la feuille de route pour la neutralité carbone à horizon 2050 de l’Agence Internationale de l’Energie, la part des énergies fossiles serait réduite de 80 à 20% tandis que celle des énergies renouvelables (solaire, éolienne et hydraulique) passerait de 10 à 60%.  

 

Mais cette transition, si elle est indispensable, s’accompagne de nombreux défis au premier rang desquels l’approvisionnement en métaux. Le développement des énergies renouvelables et l’usage croissant de véhicules électriques requièrent l’usage – en grande quantité – de nombreux métaux. Ils sont nécessaires aux batteries mais aussi à tous les composants électriques, à la construction d’infrastructures énergétiques et aux circuits automatiques. Selon le FMI, un bloc de batterie standard pour voiture électrique requiert 8 kg de lithium, 35 kg de nickel, 20 kg de manganèse et 14 kg de cobalt. En outre, les stations de chargements nécessitent énormément de cuivre. Le constat est le même du côté des panneaux solaires (cuivre, silicone, argent et zinc) et des éoliennes (minerai de fer, cuivre, aluminium).


Or, ces métaux sont sous tensions. Les mines et les capacités de raffinage sont souvent déjà utilisées à leur capacité maximum. Exploiter de nouvelles ressources nécessite des investissements massifs et prend du temps. Il faut en effet près de 10 ans pour exploiter une mine de cuivre. Selon les projections du FMI, la production de métaux sera ainsi insuffisante pour satisfaire les besoins de la transition vers la neutralité carbone. A titre d’exemple, le gap serait de plus de deux tiers des besoins pour le graphite, le cobalt, le vanadium et le nickel.

 

Aussi, la grande majorité de ces ressources sont contrôlées par la Russie ou la Chine rendant le nouvel équilibre géostratégique délicat, surtout dans le contexte actuel. En témoigne le train de sanctions mis en place par la Grande-Bretagne à l’encontre de Vladimir Potanine, prioritaire de Nornickel (anciennement Norilsk), 1er producteur mondial de nickel raffiné et acteur majeur d’autres métaux non-ferreux. En outre, le manque de diversification de production de certains métaux, à l’image du cobalt dont 70% de la production est située en République Démocratique du Congo, expose la transition énergétique aux risques pays, notamment réglementaires, institutionnels ou même climatiques, pour n’en citer que trois.

 

Investissements massifs en capacité et en innovation sont indispensables. Seules des ruptures technologiques permettront de réduire ou de substituer les besoins en métaux, tout en satisfaisant la demande croissante liée aux transitions. Les besoins de financement sont massifs. L’exploitation minière souffre d’un manque de financement, le secteur faisant encore les frais de scores ESG dégradés. Mais des programmes, notamment de la Banque mondiale, œuvrent pour faciliter le développement des capacités minières nécessaires aux technologies d’énergie vertes et les gouvernements ont mis en place des programmes ambitieux.

 

En attendant des avancées significatives dans cette transition, nos économies restent dépendantes des hydrocarbures. La hausse des prix en 2021 dans un contexte de rebond de la demande, la guerre en Ukraine, les sanctions, l’envolée rapide et erratique des cours depuis lors, mais aussi le risque de rupture des approvisionnements, nous ont rappelé combien l’Europe ne peut encore se passer de ses fournisseurs actuels. La transition énergétique permettra de réduire les besoins en énergies fossiles mais l’autonomie est une utopie. Les besoins en métaux sont colossaux, les fournisseurs limités et la production insuffisante. Dit autrement, une nouvelle dépendance en remplacera une autre… A moins qu’une rupture technologique majeure ne vienne redistribuer les cartes.

 

Charlie Carré, Economiste, BCGE