_Taux_réfaction ?

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_Taux_réfaction ?

A l’heure où les signaux de l’activité et de l’inflation soufflent encore le chaud et le froid, où les risques politiques et géopolitiques sont à nos frontières, la résilience des marchés financiers étonne ou inquiète. Inflexion des banques centrales, même timide, et amélioration de la visibilité et des perspectives d’activité des entreprises en sont les principaux ingrédients, à même de réchauffer la température nécessaire à la tauxréfaction. Est-ce à dire que les baisses des taux entamées par les banques centrales européenne et suisse sont prématurées alors que la Réserve fédérale américaine ne s’y risque pas encore ? La baisse désynchronisée répond à des considérations domestiques (sachant que la hausse synchronisée se justifiait par un contexte international ayant un impact global) confrontées aux conséquences disparates selon les régions et à la nature des systèmes.

En Suisse, les sources du réchauffement (inflation, commerce extérieur, force du franc, marché immobilier) sont sous contrôle, la liquidité est ajustée à la dynamique économique, et l’excès d’épargne est à nouveau rémunéré. Entre l’épargnant particulier favorisé et l’entrepreneur limité dans ses élans d’investissement, la baisse des taux doit venir faciliter la prise de risque des entreprises, projetant les entrepreneurs suisses vers l’avant. Ceux-ci n’ont déjà pas manqué le virage de l’investissment de R&D, de l’intelligence personnelle et artificielle, alimentant leurs forces de positionnement industriel (secteur pharma & santé, innovation et précision) lorsque les vents étaient contraires. En effet, parmi les 2’500 sociétés mondiales qui comptent pour l’avancée novatrice et la contribution à la recherche en 2022, 52 sociétés suisses sont représentées et les deux fleurons pharmaceutiques suisses (Roche et Novartis) sont au coude à coude avec les géants de la pharma et de la tech américaine figurant parmi les 10 premiers investisseurs mondiaux (Microsoft, Apple, Meta, Alphabet, etc.). De là à croire en un cycle boursier, jusqu’à présent, largement tiré par l’innovation tech et la propriété intellectuelle IA, il n’y a qu’un pas à franchir. Mais cela ne doit pourtant pas empêcher de poser la question de l’extension de ce cycle à d’autres secteurs et d’autres types de sociétés, dépendant très probablement de l’intégration de l’IA dans les processus de production des autres secteurs, en particulier des services. Un mixte plus modéré ne devrait surtout pas s’appuyer sur l’envolée du titre Nvidia qui contribue pour près de 40% à la performance du marché américain depuis le début de l’année, dépassant la capitalisation boursière des plus grands et des plus anciens de la cote technologique américaine. La prudence à l’égard de cet engouement spécifique ne doit pourtant pas cacher le potentiel indéniable des autres géants investisseurs américains ou des autres sociétés prêtes à contribuer à l’augmentation de la productivité et ainsi de la profitabilité. Pour les plus petites sociétés, celles qui comptent pour près de 70% de l’emploi et 50% de la création de valeur ajoutée (les PME), l’impulsion monétaire pour relâcher les rènes du financement est nécessaire.

Retrouver un coût du risque inférieur à la rentabilité de l’initiative (courbe des taux swaps de marché redressée) fait partie d’un sain rééquilibrage. Pour la banque centrale, cela signifie un sage équilibre entre une gestion du bilan à modérer et des taux d’intérêt à désserrer. Laissons la magie de la BNS redonner à l’activité helvétique tous les puissants arômes qu’on lui connaît. Après avoir contrôlé la montée en température élevée des ressources de production, laisser tauxréfier les grains de l’investissement, baisser en température progressivement semble être la bonne décision. Les marchés mesurent ce savant dosage et se positionnent pour profiter de la puissance des arômes suisses tauxréfiés, rien d’inquiétant, quoi de plus rationnel…